D’Allemagne au Danemark

Premier Français à traverser le Beltquerung à la nage

Beltquerung nage

Mercredi 21 août 2013 : La traversée à la nage du Beltquerung est un raid au nord de l’Allemagne dans le détroit de Fehmarn. Réputé pour ses forts courants et ses vents violents très présents dans la région, ce détroit relie l’île danoise de Lolland et l’île allemande de Fehmarn dans la partie occidentale de la mer Baltique. Le détroit représente une zone de 21 km de large avec des profondeurs de 20 à 30 mètres. La traversée se fait depuis le port de Rødby au Danemark jusqu’à l’île de Fehmarn près du port de Puttgarden en Allemagne ou inversement en fonction des vents.

C’est à 7h15 que je me rends sur une plage de Puttgarden située à quelques mètres des départs de ferry qui font la jonction entre les ports de Puttgarden et Rødby. Une traversée en ferry dure 45 minutes et pour ma part cela risque de mettre beaucoup plus de temps. Le ciel est ensoleillé et il n’y a quasiment pas de vent. La mer est très calme et nous apercevons au large le bateau accompagnateur qui arrive sur les lieux du départ. Il est temps que je me prépare et que l’on me passe la crème solaire ainsi que la graisse pour éviter les irritations dues à l’eau salée de la mer et les mouvements répétitifs de nage que je vais devoir réaliser.

bcadre beltquerunC’est à 8h00 qu’en simple maillot de bain, lunette et bonnet, je m’élance dans le détroit de Fehmarn qui frôle à peine les 17°C. Je rejoins mon bateau d’escorte et entame ma traversée afin de rallier le Danemark à la nage. Il y a de nombreuses méduses mais ce sont des Aurelia aussi appelées méduses bleues ou méduses lune, elles sont non urticantes mais la sensation est très désagréable. J’en traverse des bans à répétition tout au long du parcours. Pendant les 2 premières heures je nage sur les bases du record du monde de la traversée. Les courants sont favorables et le balai incessant des ferrys ne me perturbe qu’à peine.

Ce n’est pas le cas de mon bateau pilote qui à chaque passage de ferry est secoué dans tous les sens. C’est souvent dans des conditions dignes d’un manège de fête foraine qu’Anne, mon coach, me tend courageusement le ravitaillement minutieusement planifié à l’avance. Après 2h05 de nage, j’ai franchi le rail maritime des tankers qui naviguent dans le détroit et Anne m’annonce qu’il ne me reste plus que 10km à parcourir. A cette vitesse, je suis bien parti pour battre le record de la traversée qui est de 4h50.

Mais la mer a bien changé depuis le départ. Un vent de travers s’est levé et elle est devenue un peu plus houleuse rendant plus difficile mes mouvements de bras. Je vois passer les ferries sur ma droite et ma gauche et je reste encore très motivé, en nageant à un rythme plus soutenu. Mais cette euphorie va vite être stoppée net lorsqu’après 3h de nage, mon coach m’annonce qu’il me reste 8km3 à faire. Cela veut dire que je viens de nager 1km500 en 1 heure !! Les courants qui m’étaient favorables jusqu’à présent ne le sont plus. Maintenant les ferries passent au loin sur ma gauche. Je viens d’être considérablement dévié. Sur les 8 prétendants pour la traversée cette année, 6 ont du abandonné à cause de ces difficultés liés aux conditions météorologiques. J’en prends un coup au moral et mes épaules s’alourdissent mais il faut tenir. Je ne veux pas être le 7ème à abandonner cette saison, surtout après une si bonne première partie de parcours. Heureusement, il y a les encouragements de mon coach et de l’équipage du bateau pour me motiver. Au loin devant, je commence à bien distinguer le port de Rødby que je garde en point de mire. Sur le bateau, commence un compte à rebours kilométrique les yeux rivés sur le chrono. Cela fait déjà 5h que je nage et il me reste un peu moins de 3km à faire. Malgré ces conditions défavorables, je peux encore réaliser le 3ème meilleur temps de la traversée.

Les encouragements du pilote et de mon coach se font de plus en plus fort jusqu’à en perdre la voix. Dans l’eau les Aurélia sont rejointes par une autre espèce de méduse beaucoup moins pacifique. Ce sont des méduses de couleur orange avec de longs filaments que j’observe pour la première fois depuis mes traversées. Je ne vais d’ailleurs pas seulement les observer, puisque rapidement je vais faire connaissance avec l’une d’entre elle. Alors que je ne suis plus très loin du but final, devant moi une méduse chapeau vers le bas écarte en V ses nombreux filaments. Je ne pense pas que cela soit en signe de victoire et je n’ai pas d’autre solution que … de passer au milieu. Des filaments plus fins et très urticants vont me brûler le visage. Je continue tout de même  mon chemin en espérant que la douleur s’atténue. Les côtes Danoises sont de plus en plus proches, le bateau est obligé de s’arrêter pour des raisons de sécurité liées à la profondeur de l’eau. C’est le visage irrité et les épaules usées par l’effort que je vais effectuer seul les derniers mètres qui semblent une éternité pour mes accompagnateurs qui ont les yeux fixés sur le chronomètre. Je pose enfin pied sur les rochers bordant la côte danoise après 5h57 de nage, réalisant ainsi finalement  le 3ème meilleur temps de la traversée en solo. Malgré la fatigue, il me faut retourner à la nage au milieu des méduses rejoindre le bateau où m’attendent mes accompagnateurs très enthousiastes. Nous allons attaquer, fatigué mais ravi du résultat, une longue traversée de 5h jusqu’au port d’attache où mes supporters m’attendent pour une arrivée très conviviale et chaleureuse.