Le Détroit de Gibraltar

Premier Français à rallier l’Afrique à la nage

Détroit de Gibraltar à la nage

Dimanche 11 juillet 2004 : Le détroit de Gibraltar est un bras de mer, large d’environ 15km et profond de 350m. Il sépare l’Europe (Espagne) et l’Afrique (Maroc) et relie l’océan Atlantique à la mer Méditerranée. La première traversée à la nage réussie de ce détroit s’est déroulée le 5 avril 1928 et c’est une anglaise, Mercedes Gleitze, qui l’a effectuée en 12h50. A ce jour, aucun Français ne l’a encore réalisé. Les courants, les conditions climatiques (vent, brume) et le trafic maritime important font que ce marathon aquatique fait partie des plus célèbres dans le monde.

Nous arrivons sur le port de Tarifa un peu avant 6h30. Mon équipe et moi embarquons sur les bateaux qui vont nous accompagner durant toute la traversée. Mon coach Bernard monte sur le zodiaque de la Croix Rouge qui restera à mes côtés pendant le parcours pour me ravitailler. Quant à moi, je monte avec l’officiel et mes supporter sur le bateau pilote qui m’indiquera la trajectoire et signalera ma position tout au long de la traversée. Nous arrivons sur le lieu de départ en moins de 2mn. Je me fais graisser rapidement avant de « goûter » l’eau. A ce moment, j’ai une sensation de froid qui monte en moi, pourtant l’eau est à 18°C et j’ai connu des températures beaucoup plus fraîches ! Le départ se fait directement dans l’eau à 7h20 … Le soleil commence à peine à se lever et la mer est noire. Mon bateau pilote commence à me montrer la direction. L’écart entre nous est assez important pour m’éviter ainsi d’avoir les gaz dans le nez. Après avoir parcouru 200m je constate que la température de l’eau change agréablement et passe à 20°C. La visibilité est de 5m environ en profondeur. J’ai un bon rythme de nage et lors de mon premier ravito la mer est toujours calme. Au bout d’une heure, la mer se lève et il va y avoir une légère ondulation qui reste sans gêne pour ma progression.
bcadre gibraltarAprès 1h30, c’est mon deuxième ravitaillement, la brume se lève et je ne distingue plus les côtes. Je repars et fais confiance à mes accompagnateurs. Dans l’eau, c’est le néant, pas de vie aquatique en vue. Je nage de plus en plus rassuré, surtout qu’à mon ravitaillement des 1h50, j’apprends que j’ai fait plus de la moitié. Je me dis que c’est super, je peux finir en moins de 4 heures.
Après 2 heures de nage, alors que je nage en confiance, je sens, au fond de l’eau, que l’on m’observe. Cela ressemble comme deux gouttes d’eau à un REQUIN TAUPE. Je m’arrête et dit à Bernard : « je crois qu’il y a un requin ». J’observe cette créature marine qui me regarde et la peur monte en moi, comment va-t-elle réagir ??? Devant mes signes de détresse, le bateau se rapproche et se tient contre moi. On me dit à bord que ce n’est pas possible, il n’y a que des cétacés dans le Détroit. Je ne lâche pas des yeux ce que je suis persuadé être un requin mais tout en m’ignorant il passe son chemin sous moi à environ 3 mètres. La seule chose que je remarque c’est sa queue, elle n’est pas comme celle des dauphins mais bel et bien comme celle des requins. Je dis à Bernard de surveiller qu’il ne revienne pas par l’arrière. Il reste plus proche de moi avec le bateau. Je reprends ma nage peu rassuré en restant vigilant. Sur le bateau il pense qu’il ne s’agit pas d’un requin, mais d’un simple thon. D’ailleurs ils me montrent que non loin de là un bateau pêche le gros.
Après avoir nagé 2h30 dans le détroit, je fais le point avec mon bateau qui m’informe que j’ai dépassé le 2ème couloir de navigation et les courants sont favorables. Il me reste 3,5 km à nager et je mettrais donc moins de 3h45. Je repars confiant.
Au bout de 3h20, je distingue la plage et me ravitaille, c’est normalement mon dernier ravitaillement. A ce moment là, les courants me paraissent moins favorables.Vingt minutes après, encore un ravitaillement et c’est sûr, c’est le dernier. Mais en nageant, je vois les côtes marocaines à droite pourtant le bateau se dirige vers l’Est. Je m’inquiète sur la direction et reste sans réponse. Au même moment, sous moi, j’aperçois une ombre puis un grand mouvement : « qu’est ce que c’est ?». On m’informe qu’il y a une BALEINE dans l’eau. En fait, je n’ai vu que l’arrière de la baleine mais quelle émotion quand même ! Me voilà reparti mais pas vraiment tranquille…
Après 4h15, je m’aperçois que les côtes sont loin et qu’il me reste plus de temps que prévu à nager. A ce moment, je change de rythme de nage, mes épaules deviennent lourdes et mon moral est en baisse. Je suis agacé et énervé. Pourquoi m’emmènent-ils si loin ? Je n’aurai l’explication qu’à l’arrivée. Il ne pouvait pas y avoir de débarquement possible car il y avait un port en construction et à cause des travaux, il a fallu que moi je fasse un détour. Bref, suivez la déviation !
La température de l’eau chute de 2°C et sa couleur devient blanche. Il est impossible de voir à 1 mètre de profondeur. Mon moral est au plus bas. A l’arrivée, deux ouvriers marocains en zodiac sont venus à notre rencontre pour m’encourager. Je saute le ravito des 5h et tout en nageant, je me dis « plus jamais ». Enfin, j’atteins la plage de Punta Cires, et là, j’ai du mal à me mettre debout car il y a des vagues assez puissantes. J’ai mis finalement 5h11m pour traverser le Détroit.
Je retourne à la nage (comme si je n’en avais pas eu assez) pour rejoindre le bateau, mais celui-ci, surpris par une vague, accélère pour éviter d’être retourné et passe sans me prendre. Il revient enfin quelques minutes plus tard me récupérer. La satisfaction d’avoir terminé ne m’a gagnée que plus tard car trop de facteurs m’avaient contrarié. J’étais déçu de mettre 5h11 alors que j’étais parti pour moins de 4 heures. Ce qui me réjouit aujourd’hui c’est que je suis officiellement le premier français à avoir traversé le détroit de Gibraltar à la nage le dimanche 11 juillet 2004 !