Le défi du Levant 2014

Un bagne pour enfants

levant hyeres

L’île du Levant est une des îles de l’archipel d’Hyères (aussi appelées îles d’Or) située en mer Méditerranée face à la corniche des Maures dans le Var. L’île est une longue arête rocheuse qui culmine à 140m et s’étend sur 8 km de long pour seulement 1 km de large. Un dixième de sa surface est accessible au public, l’autre partie de son territoire est un terrain militaire. C’est sur ce domaine militaire que se trouve l’ancienne «colonie agricole» de Sainte-Anne. C’est ainsi qu’étaient baptisés les centres pénitentiaires et bagnes pour mineurs, autorisés par Napoléon III dans le but de vider les villes des orphelins, enfants abandonnés et jeunes mendiants. En 1855, le comte Henri de Pourtalès (1815-1876) achète l’île du Levant et crée légalement en 1860 une « colonie agricole » privée pour enfants afin d’exploiter l’île. Les premiers arriveront en février 1861 sur la plus sauvage et la plus belle des îles d’Or en Méditerranée. Et l’île, cernée par les flots, constitue une prison parfaite, un endroit difficile d’accès, un lieu où la sortie n’est d’aucun secours si on ne sait pas nager. La colonie pénitentiaire du Levant fonctionnera pendant 17 ans. De 1861 à 1878, une centaine d’enfants (dix pour cent des internés), dont quatre avaient moins de dix ans, sont morts au bagne de l’île du Levant car les conditions de vie austères, la malnutrition, les sévices sexuels et la maladie y avaient fait des ravages. Une « toute petite stèle », récemment posée, rappelle leur histoire…

De l’île du Levant jusqu’à Hyères (25km)

les nageurs du défi du levantLe samedi 11 octobre au matin j’ai rendez-vous avec 6 autres nageurs (Ned Denison (nageur irlandais), Denis Colombe (à l’initiative du projet), Didier Padovani, Alain Barrucand, Philippe Fort, Lionel Guillen) sur une petite plage située à côté du port de plaisance d’Héliopolis sur l’île du Levant. Les conditions météorologiques sont des plus désavantageuses. Le ciel est très orageux et le vent assez fort. Pendant que Jean-Yves Faure, mon accompagnateur, installe les affaires pour mon ravitaillement à bord du bateau de Jean-Louis Viale, je commence à me tartiner de crème solaire. Les autres nageurs me regardent en souriant car le temps ne s’y prête pas du tout, mais mon expérience m’a appris que pendant plus de 6 heures de nage il pouvait y avoir des conditions météo complètement différentes. Je termine ma préparation en mettant de la graisse aux différents endroits où se produisent les frottements, puis avec les autres nageurs nous nous rendons vers le lieu de départ. Lorsque nous arrivons au bord de l’eau, la pluie commence a tomber très vite cela devient un véritable déluge : « douche obligatoire !!! » comme avant d’aller à la piscine. On ne distingue même plus l’île de Port Cros située en face de nous, on a une visibilité d’à peine une centaine de mètres. Malgré ces conditions, nous nous mettons à l’eau aux environs de 8h40 et commençons notre évasion à la nage dans une eau à 22°C et des conditions extrêmes. Jean-Yves qui doit me ravitailler et Jean-Louis qui va piloter le bateau ont du mal à me repérer en raison de ces mauvaises conditions. Le bateau me rejoindra après que j’ai parcouru plus d’une centaine de mètres. Mais la pluie redouble de violence, les éclairs et le tonnerre grondent à quelques centaines de mètre de nous et pour couronner le tout le vent et les vagues nous arrivent de face. Je nage au milieu de la passe qui sépare l’île du Levant et l’île de Port Cros. Je distingue à peine le fort de Port-Man situé sur cette île. Il s’agit d’un ancien ouvrage militaire construit au 17ème siècle pour protéger la passe ainsi que l’accès à la rade. Les conditions sont tellement désastreuses que j’ai l’impression que le Fort reste toujours à la même hauteur. La traversée s’annonce des plus difficiles !!! Et comme en milieu naturel, il faut faire avec la nature, en plus des conditions météo défavorables se rajoutent les désagréments liés à la vie marine : au fond de l’eau, je distingue des pélagia, ces fameuses méduses urticantes, qui, comme des gardiennes de l’île, semblent être présentes pour nous empêcher de nous évader. Heureusement pour nous, elles sont situées légèrement en profondeur hors de portée de nos bras. D’autres nageurs vont aussi avoir le privilège ou le désagrément de croiser des serpents de mer sur leur chemin. Cela ne sera pas mon cas et j’en suis ravi ! La pluie est tellement violente que dans l’eau j’ai l’impression d’avoir un nageur devant moi qui tape des pieds. A ce moment, j’ai une pensée pour mes accompagnateurs qui doivent vivre un moment des plus désagréables et certainement doivent me maudire. Mais ils ne laissent rien paraître et, entre deux coup de tonnerre, ils m’encouragent à l’unisson comme si de rien n’était. C’est très motivant et j’en oublierai même les conditions difficiles… Heureusement pour nous après une bonne demi-heure qui en paraissait le double, la pluie cesse et fait place enfin à des éclaircies. Le vent commence également à faiblir et à tourner en notre faveur. La traversée devient plus agréable et je distingue mieux tout ce qui m’entoure. Je suis maintenant dans la rade de Hyères avec, dans mon dos, les îles d’or, et face à moi le massif des Maures. Les nuages disparaissent et je commence à me dire que j’ai bien fait de me mettre de la crème protectrice solaire. Jean-Yves me transmet mon ravitaillement toutes les demi-heures et lors de ces haltes requinquantes, je distingue que nous nous rapprochons de plus en plus du cap Bénat, une petite pointe rocheuse qui abrite un sémaphore de la Marine Nationale. Lorsque nous arrivons à au vue du cap, nous changeons de direction pour nous diriger vers Hyères qui se trouvait jusque-là sur ma gauche. On effectue un petit détour connu avant notre départ car c’était la trajectoire obligatoire que nous devions emprunter pour des raisons de sécurité et d’autorisations. Maintenant je distingue sur ma droite le fort de Brégançon, cette ancienne résidence d’Etat utilisée comme lieu officiel de villégiature du Président de la République et sur ma gauche les îles d’Or que j’ai quittées il y a un peu plus de 3 heures. Les épaules se font lourdes mais les encouragements de mes accompagnateurs et le vent d’est qui me pousse vers la destination finale me donnent de l’énergie. En fait, je ne pense plus à rien et je laisse tourner mes bras tout en regardant les fonds marins !!! Je nage un peu comme une machine qui s’arrête toutes les 30’ pour recharger les batteries. Mes accompagnateurs ne cessent de m’encourager et m’informer de ma situation par l’intermédiaire du tableau blanc, cela coupe à la monotonie de ma nage. Lors de mon ravitaillement des 5h30, je commence à bien distinguer les habitations de la ville de Hyères et Denis et Lionel, qui avait malheureusement dû arrêter leur traversée, me rejoignent dans l’eau pour terminer avec moi. Je commence à rencontrer quelques branches et troncs d’arbre. Suite aux fortes pluies, la rivière qui se jette non loin de la ville a drainé dans la mer pas mal de détritus. Certains peuvent même être dangereux. Des branches, telles des épées, peuvent m’embrocher. Denis va éviter de peu une… citrouille avant de jouer avec, tel un ballon. L’eau devient marron, on ne distingue plus rien, c’est de moins en moins agréable. Après 6h50 de nage, je pose enfin les pieds sur le sable, je suis accueilli par une haie d’honneur réalisée par les nageurs de l’Aquatic-Club Hyérois venus applaudir les nageurs-évadés à l’arrivée. Je suis félicité par Mr Francis Roux premier adjoint venu représenter le Maire et tout ceux qui ont œuvré pour la réussite de ce magnifique défi. Je tiens particulièrement à remercier Denis qui est à l’origine du projet, Jean-Louis et Lucienne Viale pour l’organisation, leur accueil chaleureux, et pour m’avoir accompagné en bateau, Sylvain Barale pour la mise en œuvre de la manifestation, Jean-Yves qui a été un super coach pendant toute la traversée et tous les autres acteurs (nageurs, accompagnateurs, partenaires, …) de cette belle traversée !!!!